• Un sauvage honnête homme (Jean-Jacques Pauvert), film de Maria Pinto, à l’Omnia de Rouen

    Antoine Martin Production invite à l’Omnia de Rouen ce dimanche matin à onze heures. On peut y voir gratuitement Un sauvage honnête homme, un documentaire de Maria Pinto consacré à Jean-Jacques Pauvert.

    J’y suis, centré à la dernière rangée de la salle trois, observant qui vient là, têtes vaguement connues et inconnues, moyenne d’âge la cinquantaine, des Marie-Laure, Marie-Christine, Marie-Odile, des Christian et des Antoine, de vieux couples qui se parlent avec une agressivité latente.

    Le film commence dans la pénombreuse bibliothèque de Jean-Jacques Pauvert d’où surgissent certains des livres qu’il a édités et dans le bruit des emmerdeurs et emmerdeuses qui arrivent en retard et dérangent tout le monde, l’une des choses dont j’ai horreur au cinéma, où l'on ne ferme pas les portes quand ça commence comme au théâtre ou à l’opéra, puis apparaît le très vieil homme qu’il est devenu, presque quatre-vingt-sept ans. Il ressemble un peu à Popeye, casquette de marin breton mais face à la Méditerranée que dominent sa maison et la forêt attenante. Le voici face à des photos d’autrefois, écrivains qu’il a publiés, sa deuxième femme avec qui il a vécu soixante ans, lui en jeune homme au physique moderne, tel que le raconte Paul Léautaud dans son Journal Littéraire (il faut que je m’y replonge). Il évoque les années qui ont suivi la Libération, « une dictature de la connerie dont on ne sortira que dans les années soixante ». La réalisatrice délaisse ensuite la biographie pour s’intéresser avant tout aux rapports de Pauvert avec Sade et l’univers sadien. Annie Le Brun, la spécialiste d’icelui, fait une apparition, un oiseau fantastique également. Le comédien Ugo Broussot lit Pauvert et Sade. Les oiseaux chantent. Le vieil homme fait souvent silence, puis reprend le fil de ses idées qu’il ponctue parfois d’un rire enfantin. Ce film pourrait aussi bien être un documentaire sur la grande vieillesse quand elle se passe bien ou même une fiction. La voix de la réalisatrice n’est présente qu’à la séquence finale où la conclusion est laissée à Sade, tirée des Cent vingt journées de Sodome : « Oh quelle énigme que l’homme ! » « Oui, il vaut mieux le foutre que le comprendre. »

    Le Jean-Marc de l’Omnia, toujours gentil et positif (ce qui ne manque pas de m’énerver), toujours parlant plus souvent qu’à son tour, organise le débat auquel participent Maria Pinto, Ugo Broussot et (restant muet) Antoine Martin. La première à poser une question dans le micro est une mineure assise au premier rang qui veut savoir combien le Marquis de Sade a écrit de livres. Le micro remonte dans la salle permettant à celui qui a reconnu la musique du film (Canteloube) d’en faire mention et de s’en féliciter. D’autres prennent la parole sans attendre le micro. Celui qui l’a en main attend sagement qu’on la lui donne. Il a tort, il ne l’aura jamais. C’est que d’autres ont à montrer comme ils ont bien compris les intentions de la cinéaste et sa façon de filmer. La dernière question est posée par « Moâ qui ai connu Jean-Jacques ». Un godet est offert à la sortie dont je me passe.

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    De Jean-Jacques Pauvert, dans Un sauvage honnête homme, le rejet de toutes les théories et l’hypothèse que c’est grâce à la prison que Sade a pu aller jusqu’au bout de ses idées.

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    Bourdonnements autour de La Ruche. Samuel Martin dont je parlais l’autre jour des dessins m’a envoyé un mail sympathique pour me dire que le titre de son exposition est bien Génériques :

    « La Ruche ne s'est pas emmêlé les pinceaux, le titre de l'expo est le bon, bien qu'elle montre en grande partie la série Yes Future. »

    Il ajoute : « Ces scènes se lisent (…) comme des génériques de fin, tout a eu lieu et les personnages concluent cela par la nudité et la destruction ; ou un générique de début annonçant un nouveau départ. »

    Dans ma réponse, je le remercie et lui dis que  « je trouve dommage que l'auteur donne au regard du spectateur une direction si fléchée ».

    La Ruche, quant à elle, m’écrit moins finement sur le réseau social Effe Bé :

    -Monsieur Perdrial, La Ruche est implanté dans un lieu excentré de Rouen certes, mais qui permet de faire découvrir l'art contemporain à un public non initié, et surtout a faire venir la vie dans un hôpital. Nous sommes là pour promouvoir la jeune création contemporaine et fournissons un gros travail bénévole en ce sens. Quel est le rapport avec le déménagement de l’école des beaux arts?

    -Madame La Ruche, il y a de l'humour dans mes textes parfois.

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