• Un vendredi sous la pluie à Paris

    Il ne pleut plus ou pas encore quand je gagne la gare de Rouen ce vendredi matin. Dans le train de Paris, beaucoup reniflent et l’un se cure le nez avec le doigt avant même que le convoi démarre. Quand on bouge, c’est pour s’arrêter à Sotteville « en pleine voie », comme on dit chez les contrôleurs. Les regards sont inquiets mais ça repart. En ajoutant le ralentissement de la fin, cela ne fait que huit minutes de retard à l’arrivée.

    Le métro Quatorze m’emmène à Sainte-Opportune d’où je vais à pied au Quartier Latin. Chez Boulinier, on vient de sortir sur le trottoir les livres à vingt centimes. J’y fouille sans rien trouver puis vais voir à l’intérieur les cédés de chanson française parmi lesquels on trouve de plus en plus de disques de chanteurs et chanteuses totalement inconnu(e)s et de moins en moins de choses intéressantes. Le téléphone sonne, un vendeur répond :

    -Vous êtes chez Boulinier, monsieur.

    Il raccroche.

    -Qu’est ce qu’il voulait, demande le patron.

    -Il voulait savoir où il était, c’est une bonne question.

    Il pleut quand je sors et pas qu’un peu. J’ai plus de chance avec les bacs à un euro de Joseph Gibert où m’attendaient deux livres du vitupérant et désespéré Raymond Cousse L’Envers vaut l’Endroit, recueil des journaux de voyage à l’étranger publié par Le Dilettante et A bas la critique, recueil de lettres et pamphlets publié chez Cent Pages.

    Il n’y a que deux caissières chez Gibert Joseph ce matin. L’une dit à l’autre « Heureusement que t’es venue » à quoi cette dernière répond « Tu rigoles, j’ai failli pas venir et puis je me suis dit que c’était bientôt Noël » après quoi elle renifle un grand coup pour bien montrer qu’elle est malade.

    Les livres payés, je descends vers la Seine et m’abrite chez Gibert Jeune jusqu’à ce qu’il soit l’heure de mon habituel kebab que je mange tandis que la radio diffuse Problèmes d’adulte par Sexion d’Assaut, la chanson la plus nulle que j’ai entendue depuis un moment, bourrée de clichés niais et de rimes riches.

    Sorti de là, je me rends, sous la pluie et le vent qui ne cessent, à Saint-Germain-des-Prés. Place de Fürstenberg, à la Galerie Art Cube, se tient une exposition David Hamilton. Elle doit être ouverte de dix heures trente à dix neuf heures trente. Oui, mais à midi la grille est baissée.

    Pensant que le propriétaire est parti déjeuner, je me réfugie au Café des Fous, rue de Montfaucon, où après un café je lis Cousse. Dehors, le vent retourne les parapluies. A quatorze heures, je suis à nouveau devant chez Art Cube. C’est toujours clos. Je demande au photographe d’à côté s’il sait quelque chose. Non pour aujourd’hui, mais il était prévu que ce soit fermé lundi et mardi. Il appelle le numéro de mobile de la galerie mais nul ne répond.

    Bien bien, je passe rive droite où il pleut moins, m’attarde un moment chez Mona Lisait. Descendu sous terre à Sainte-Opportune, je ressors dans le centre commercial Saint-Lazare. Un train bondé, où j’ai la chance d’avoir une place assise, me ramène à Rouen suffisamment tôt pour que j’assiste au concert du soir à l’Opéra.

    *

    Deux jeunes hommes dans la rue à Châtelet :

    -Ils sont agressifs les gens, c’est pas possible.

    -Oui, je sais pas ce qui se passe cette année, y a pas l’esprit de Noël.

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