• Venté et draché à Paris, le temps d’un mercredi

    Par un train moins matinal que d’habitude, j’arrive à Paris où le temps est le même qu’à Rouen ce mercredi, averses et vent. Je passe donc sous terre pour rejoindre le Book-Off de la Bastille où j’entre dix minutes après l’ouverture. Comme à l’accoutumée, il y règne une énergie de ruche côté employé(e)s et une sorte d’automatisme égocentré côté client(e)s. J’y passe un certain temps.

    Il ne pleut guère quand je sors. Je rejoins la place de la Bastille et cherche où déjeuner, trouve, boulevard Beaumarchais, Le Bistrot des Vosges qui propose de la cuisine du Massif Central : « Saveurs et Emotions de l’Aveyron » et doit son nom à la place proche. Son plat du jour « Saucisse d’Auvergne, purée maison » m’en fait pousser la porte. Je m’installe dans la véranda à une table nappée de carreaux rouges et blancs. Le quart de vin rouge est du Marcillac Domaine Laurens, bien bon. Derrière moi se tient un autre esseulé qui confie son état d’âme au serveur. Il travaille à l’Assemblée Nationale et s’ennuie dans ce quartier de Ministères. Ce serveur n’écoute que d’une oreille, s’animant toutefois lorsque le fonctionnaire déprimé évoque la météo, la tempête, la douceur des températures, soupçonnant un changement climatique :

    -C’est accentué cette année, c’est accentué, commente-il en me desservant.

    Il veut savoir si ça a été et je réponds oui, gardant pour moi mon dépit d’avoir trouvé cette saucisse et cette purée bien sages, manquant de rusticité. Un café et l’addition, ça fait un peu plus de vingt euros.

    Le ciel devient menaçant lorsque à pied je prends le chemin de Châtelet, passant devant l’église Saint-Paul au moment où en sort un cercueil suivi d’un grand nombre de jeunes filles et garçons qui doivent enterrer l’un(e) des leurs ou l’un(e) de leurs profs (le lycée Charlemagne est à côté). Après un passage chez Mona Lisait, je vais voir où en est le nouveau Boulinier de la place Joachim-du-Bellay. Les livres à cinquante centimes sont passés à vingt, s’alignant sur la rive gauche. J’y fouille pendant qu’il pleut.

    Une accalmie me permet de traverser la Seine et de voir ce qu’on propose dans les bacs de Joseph Gibert puis le bus Vingt et Un m’emmène à Opéra pour un café Chez Edmond suivi d’un furetage dans le deuxième Book-Off.

    Il drache sévèrement quand j’en sors. Je me réfugie au Gaillon, un Péhému chinois faisant face à Drouant, pas le même standigne mais tout aussi littéraire puisque j’y suis, buvant un café et examinant mes achats : Brebis galeuses de Caio Fernando Abreu (José Corti), Etudes léopardiennes de Sergio Solmi (Allia), Fantômes viennois d’Adolf Placzek (Anatolia/ Le Rocher), Lettres d’amour de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais et Amélie Houret de La Morinaie (Fayard), Instants de mémoires de Violet Trefusis (Christian de Bartillat), Les Mauviettes de Dennis Cooper (Pol), Cruel bonheur d’Hugo Claus (Castor Astral), etc.

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