• Vide grenier à Belleville et exposition Ron Mueck à la Fondation Cartier

    Levé tôt ce samedi, je lis Les années d’Annie Ernaux dans le train de six heures neuf qui m’emmène à Paris, Folio numéro cinq mille acheté cinquante centimes au vide grenier de Saint-Pierre-de-Varengeville par celle qui doit me rejoindre à celui de la place des Fêtes à Belleville.

    Quand j’y arrive, remonté de sous la terre par un escalator long et pentu, je découvre un déballage s’étalant sur une double place autour d’un jardin public et au pied d’immeubles sans charme, beaucoup de professionnels et quelques particuliers. L’emplacement est à dix-sept euros le mètre. Cela n’incite pas la vendeuse ou le vendeur à baisser ses prix. Je comprends vite qu’il n’y aura rien pour moi ici, vais boire un café au comptoir de La Terrasse où un serveur a été transformé en sieur pipi chargé de faire payer la clientèle et les exposants du vide grenier désireux de soulager leur vessie (comme on dit).

    Comment va-t-elle faire pour me retrouver dans ce labyrinthe et cette foule? Je me le demande. Vers neuf heures et quart, je me place à un endroit stratégique, face à des vendeurs de couteaux baratineurs, et commence à m’inquiéter. Une demi-heure plus tard, elle surgit enfin du métro.

    Nous décidons d’aller sans délai à Montparnasse. France Culture, via sa page Effe Bé, m’a offert un laissez-passer pour l’exposition Ron Mueck à la Fondation Cartier. Boulevard Raspail, devant le bâtiment de Jean Nouvel, il y a déjà foule faisant file dans l’attente de l’ouverture à onze heures. Nous nous plaçons près de la pancarte des privilégiés qui entrent sans attendre. De là sont visibles deux des œuvres de Ron Mueck, vieux couple sur la plage, surdimensionné, et femme nue portant fagot, sous dimensionnée.

    A l’heure prévue nous entrons. Un jeune homme nous donne le dépliant de l’exposition et signale qu’il est interdit de photographier. Des sculptures hyperréalistes de Ron Mueck il y a peu, découvrons-nous, neuf seulement, dont un écorché de poulet géant, pour dix euros cinquante (quand on paie). Un piège à nigauds, cela tiendrait aisément dans une galerie d’art contemporain du genre Lambert ou Templon où l’entrée est libre. Nous faisons le tour, sensibles au regard tristement humain des sujets montrés. Un quart d’heure plus tard, nous sommes dehors, marchant à l’ombre vers le Quartier Latin où nous comptons déjeuner.

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    Les œuvres de Ron Mueck ne m’étaient pas inconnues, ayant déjà vu il a sept ou huit ans une exposition de lui au même endroit quand je faisais le stagiaire à l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres de Mont-Saint-Aignan sous la conduite de Bernard Clarisse, professeur d’art plastique et artiste lui-même.

                Voulant savoir ce qu’il est devenu, je fais une recherche et découvre qu’il a maintenant une page Ouiquipédia, manifestement écrite par lui-même, ou sous sa dictée. « Cet article doit être wikifié »,  prévient le site.

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    Annie Ernaux évoquant la vie du monde à travers la sienne, c’est comme si elle parlait de moi, Louviers valant Yvetot, et mon parcours étant parallèle au sien, même milieu social, même profession, même passage par le mariage et une ville nouvelle, etc. Les années s’achèvent par Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais. Raison d’être et raison d’écrire qui sont aussi les miennes.

    Dans sa dernière liste de choses à sauver l’affiche à demi déchirée 36 15 Ulla au bas de la côte de Fleury-sur-Andelle devant laquelle je suis passé aussi.

    Egalement : la chambre d’hôtel rue Beauvoisine, à Rouen, non loin de la librairie Lepouzé où Cayatte avait tourné une scène de Mourir d’aimer.

    Tu te trompes Annie, il s’agit de la librairie Van Moé. Lepouzé, c’était rue Saint-Lo.

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