• Visite sauvage de l’Ecole Normale Supérieure, déjeuner au Pot d’Or, expositions Claude Nori et Alice Springs à la Maison Européenne de la Photographie

    Ce vendredi deux novembre matin, il fait à peu près beau à Paris. Je lui propose d’aller en métro jusqu’à la place d’Italie afin de rejoindre à pied le quartier Mouffetard, ce que nous faisons. Bientôt, nous sommes assis devant une boisson chaude au Verre à Pied où une vieille femme raconte sa vie au serveur. La patronne rentre de chez Métro avec tout ce qu’il faut pour faire à manger. Il pleut maintenant.

    Où se mettre à l’abri dans le quartier ? Nous marchons au hasard et une solution s’ouvre à nous : celle des portes de l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm. Nous évitons l’entrée surveillée en passant par celle des voitures dont la barrière est momentanément levée.

    Après avoir erré dans les étages, nous être heurtés à la porte du restaurant clos pour raison de pont, nous demandons à un étudiant où se cache la bibliothèque. Il nous indique le chemin de celle de Lettres. Nous traversons la cour aux Ernests (du nom des poissons nageant dans le bassin), sorte de cloître où il doit faire bon en d’autres saisons. Au rez-de-chaussée, un portillon ne s’ouvre qu’aux badgé(e)s mais l’employée présente ne nous empêche pas de suivre des étudiants accrédités. Nous montons.

    Passant sans bruit derrière les studieux et studieuses penchés sur des livres ou des ordinateurs, nous repérons de confortables fauteuils rouges où nous nous installons. Celle qui m’accompagne va chercher un livre. Elle revient avec La Poésie amoureuse de l’Egypte ancienne, ouvrage érudit signé Bernard Mathieu publié par l’Institut Français d’Archéologie Orientale, fort intéressant :

    quand elle sera seule, sans personne

    tu pourras faire ce que tu veux de sa serrure

    Le moment venu, nous poussons la porte du Pot d’Or, rue du Pot-de-Fer, restaurant asiatique à volonté que je veux lui faire découvrir. Nous optons pour les sushis au saumon et les makis divers. Le vin blanc en carafe est très correct et si peu cher que ce serait folie de boire de l’eau. En dessert, ce sont boules de coco, salade de fruits litchis melon vert et gingembre confis. On sort de là repus et contents.

    Il pleut toujours. Par le métro, nous atteignons la rue de Fourcy où nous attendent les expositions Claude Nori et Alice Springs. Point de gratuité ce jour à la Maison Européenne de la Photographie, mais nos âges respectifs nous donnent droit aux quatre euros du tarif réduit.

    On commence par le meilleur, au premier étage, les images en noir et blanc de Claude Nori, dont le sujet de prédilection dans les années soixante-dix et quatre-vingt fut les demoiselles italiennes de milieu populaire en milieu balnéaire, qui nous plaisent autant à l’un et à l’autre. Jeunes filles ayant maintenant la cinquantaine et menacées de varices, lui dis-je. Les désirs sont déjà des souvenirs titre le catalogue. D’autres suivent, prises à Biarritz où Claude Nori est désormais installé. Un film d’amateur en couleur (dû au photographe) augmenté de chansonnettes transalpines ajoute à la mélancolie.

    Il y a bientôt autant de monde ici que mercredi quand c’était gratuit. C’est gênant pour voir l’autre moitié de l’exposition, celle consacrée à la carrière d’éditeur de Claude Nori, fondateur de la revue Caméra International, des Cahiers de la Photographie et surtout des éditions Contrejour, dont sont montrés certains livres et des images tirées d’eux, difficile notamment de bien voir les photos du Voyage mexicain, ouvrage de jeunesse de Bernard Plossu.

    Nous montons au deuxième étage pour l’exposition Alice Springs, femme d’Helmut Newton, devenue photographe après l’avoir remplacé un jour où il était malade et qu’il s‘agissait de faire une image publicitaire pour Gitanes. On y montre nombre de ses photos de pub, mais le plus intéressant est dans ses portraits, pas mal de couturiers que tout le monde connaît et des artistes et écrivains qui faisaient dire mercredi à une visiteuse « J’connais personne de tous ces gens-là. »

    Je note le nom de certains : Isherwood, Mapplethorpe, Hartung, Greene, Grace Jones, Ben Vautier, Garouste, Lichtenstein, Keith Haring, Nikky de Saint-Phalle, Richter, Beuys, Timothy Leary, Burroughs, on peut dire qu’Alice avait un bon carnet d’adresses. Etonnant qu’y figurent Antoine Blondin exposé seul dans un coin et Franck Venaille en dandy qui doit avoir bien vieilli, dont je ne connaissais que la voix entendue souvent sur France Cul (évoquant l’Engadine par exemple).

    Mon portrait préféré est celui du vieux photographe Edmond Teske alité caressant les longs cheveux d’un jeune homme. J’aime aussi les rares nus de la dame.

    Nous repassons chez Claude Nori puis décidons de rentrer aux Amiraux. Dehors, la file d’attente sort du jardin et prend ses aises sur le trottoir mouillé.

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    Sur un mur de la Mep : « Au début des années 1970, Alice Springs s’est vue confier plusieurs campagnes par le coiffeur Jean-Louis David. » Une main a barré le e de vue et l’a surmonté d’un oh oh réprobateur, peut-être celle d’Elisabeth Chamontin.

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    Note de Claude Nori en marge d’une de ses photos : « En 1977, j’ai vécu à Paris une grande passion avec la photographe américaine d’origine italienne Donna Ferrato… Elle sacrifia le lit douillet de nos caresses, de nos voyages en Italie le bon vin et les spaghettis pour retourner à New York et devenir une photographe militante réputée. Je me disais que notre amour serait plus fort et qu’elle reviendrait auprès de moi. »

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    Novembre, mois du temps qui passe hélas. On le sait tous les deux. Cela fait sept années. Bien obligés de s’avouer que les choses ne sont plus comme avant.

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    Dimanche matin tombe un livre de ma bibliothèque qui me fait croire que je ne suis pas tout seul à la maison.

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